Le vase, l'oiseau, la biche et le pot de fleurs

Mis à jour : sept. 29

C’est l’histoire d’un vase, qui a pris racine bien avant de prendre conscience.


Il était là, tranquille, à se promener et prendre l’air, à la recherche de quelque fleurs ou roseaux qui auraient fait le bonheur de son intérieur. Il papillonnait de plante en plante, s’enivrant de leur parfum, de leurs couleurs, de leur beauté… « Ah quelle chance cette balade, sous ce soleil resplendissant ! » Le vase continua à s’aventurer de plus en plus loin : il cherchait ses repères et cela lui plaisait, sa curiosité le poussait à avancer, à expérimenter l’inconnu.


Il emprunta un sentier qui le mena à longer un lac, à l’eau si trouble qu’on ne savait dire ce qui se tramait dedans. « Je ne pense pas me remplir ici, l’eau semble trop vaseuse ; je voudrais une source plus limpide, une source… qui coule de source ! » Avec enthousiasme, le vase sautillait sur la rive, un coup à droite, un coup à gauche ; il était heureux de découvrir de nouveaux paysages, quand bien même il ne souhaitait pas s’y établir.


Sans crier gare, de gros nuages gris vinrent éclipser le soleil, et il se mit à pleuvoir à grosses gouttes. Frigorifié, le vase voulut rebrousser chemin, mais sur le terrain inondé, il s’embourba. Incapable de faire un pas de plus dans la boue de la rive qu’il arpentait depuis un long moment, il ne lutta pas plus longtemps, et décida de s’adapter à la situation. « Bon… Je me remplirai d’eau de pluie au bord de ce lac, et j’y resterai jusqu’à tant que je n’en sois plus prisonnier. »


Les jours passèrent et la pluie s’entêta. Le vase baignait maintenant dans la boue de plusieurs centimètres. Durant ces jours d’intempéries, il fit connaissance avec les habitants du lac - crapauds, dragons d’eau, vers de terre et piranhas - et apprit à communiquer avec eux. Ils ne s’entendaient pas à merveille, mais, dans cette situation, une entente moyenne c’était toujours mieux que rien. « Je m’adapte à mon environnement » se répétait le vase pour se donner du courage.


Lorsque le soleil réapparut, la boue dans laquelle le vase s’était enfoncé se solidifia. Avant même qu’il ne puisse faire quoi que ce soit, une terre dure, comme de l’argile séché, forma un étau autour de lui, empêchant chacun de ses mouvements. Et le vase demeura inerte, prisonnier pensait-il, des circonstances et de son environnement.


Un jour, un oiseau vint se poser sur le rebord du vase. « Ce n’est pas tous les jours que je vois ça. Comment as-tu atterri ici vase ? » Occupé à s’adapter à la situation depuis longtemps, le vase ne savait trop que répondre à la question de l’oiseau. « C’est vrai, comment ai-je fait pour atterrir ici ? Dans cet endroit qui ne m’épanouit guère, et que je n’ai pas le sentiment d’avoir choisi ?! », pensa le vase. L’oiseau s’envola dans le ciel sans avoir obtenu de réponse. Le vase se plongea dans une longue réflexion, se murant dans un silence interminable, pour trouver une réponse. Il repensa à cette balade, qu’il maudit de toutes ses forces « Si je n’étais pas parti aussi loin, cela ne serait jamais arrivé ! Quelle idée de s’aventurer comme ça…» Et il se jugea coupable de sa situation.


Quelques jours plus tard, une biche surgit de la forêt derrière le lac. Elle mâchonnait quelques brindilles d’herbe, quand elle se retrouva face au vase. Elle fit un bond en arrière. « Qui êtes-vous, et que faites-vous là ? Quelles sont vos intentions ?? » Le vase ne savait toujours que répondre à ces interrogations, mais n’eut pas le temps de dire quoi que ce soit : la petite biche s’était déjà enfuie dans les fourrées. Mais ses questions avaient de nouveau fait mouche sur notre ami le vase. « Qui suis-je ? Puis-je encore dire que je suis un vase dans cette position ? Mon essence ne m’a-t-elle pas quittée, ne l’ai-je pas trahie ? Et que vais-je faire du reste de ma vie ? Je ne vais pas rester vide indéfiniment, ce n’est pas possible…» Alors le vase prit plusieurs jours pour méditer et trouver des réponses. « De toute façon, qui que je sois, je ne peux rien faire de plus. Je n’ai pas de pouvoir sur la terre qui m’enserre… Quelle infortune ! » Et il se jugea victime de sa situation.


Un mois plus tard, sous un soleil radieux, un pot de fleurs vint à la rencontre de notre vase. « Hey camarade, viendrais-tu avec moi te balader ? Il fait si beau, tu ne peux pas refuser ! » Le vase, les traits tirés, répondit à peine, soufflant un inaudible « Je ne peux pas… » Le pot de fleurs, guilleret et parfumé de l’odeur de ses magnifiques pensées multicolores, insista gentiment « Cela te ferait du bien de te promener… prendre l’air est presque aussi bon pour un vase que prendre l’eau ! » Le vase, qui était fatigué et voulait qu’on lui fiche la paix, s’énerva et hurla « Va-t’en, laisse-moi tranquille !!! » Effrayé, le pot de fleurs s’en alla sans demander son reste, en chantonnant « Changer le monde, changer les cœurs avec des bouquets de fleurs… » Durant une demi-seconde, cela fit rire le vase, et un léger craquement, presque imperceptible à l’oreille nue, vint accompagner ce rire. Puis il retrouva son sérieux et son désenchantement habituels, sans se rendre compte de quoi que ce soit.


Un an plus tard, le vase avait fait le deuil de sa liberté, et commençait à trouver une sorte d’équilibre dans sa situation. Il avait fait face à la neige, au gel, à la solitude, au désespoir… et il se sentait dorénavant plus fort, même si toujours prisonnier. Il avait cessé de se poser trop de questions, pour ne pas se torturer l’esprit comme il le répétait souvent aux quelques habitants du lac avec qui il discutait. Il n’était ni heureux ni malheureux, et finalement cela lui convenait comme ça pensait-il. Il n’attendait plus de miracle, il essayait juste de vivre dans les conditions qui étaient les siennes, sans accuser personne ou se reprocher quoi que ce soit. Sa conscience s’était finalement allégée de ce poids.


Un matin, alors que le vase échangeait avec un crapaud du lac, il se produisit quelque chose de fabuleux. Le crapaud racontait l’histoire de son « faux » cousin, qui, de ses dires, était maintenant grand prince dans un palais somptueux aux côtés d’une demoiselle des plus charmantes. « Mais quel mensonge me racontes-tu là ? » sourit le vase. « C’est une histoire vraie jura le crapaud, je l’ai vu de mes yeux se transformer en humain après le baiser de sa dame ! » Quelques instants de silence s’écoulèrent, et le crapaud rajouta « Peut-être que toi aussi il te faut un baiser d’amour pour te délivrer ! » Sur ces propos, le vase regarda le crapaud, et partit dans un grand éclat de rire comme il n’en avait pas eu depuis très longtemps « Un baiser d’amour, mon bon crapaud, ahahah, je ne pense pas que c’est ce qui… » Et soudain, des dizaines de petits craquements se firent entendre. Le vase et le crapaud tournèrent la tête en tous sens, ne sachant pas d’où ces bruits pouvaient provenir. Puis les yeux du crapaud se posèrent sur le vase « La terre… regarde, elle te libère !! » Et en effet, sous les secousses intérieures provoquées par les rires du vase, la terre qui l’enserrait jadis s’effritait de toutes parts. Voyant cela, le vase continuait de rire, par bonheur, par étonnement, par émerveillement. Lorsqu’il fut enfin totalement libre, il sauta partout en criant sa victoire « Je suis libre !! LIBRE ! ». Le crapaud assistait à ce spectacle, attendri et rempli d’espoir.


Ainsi, le vase prit conscience de l’importance de la joie dans la vie. De l’importance de se cultiver un intérieur qui sourit, qui accepte, mais qui ne renonce pas aux rêves sous prétexte de s’adapter. Un intérieur patient et prêt à évoluer à chaque occasion, tout en restant fidèle à ses aspirations d’âme et ses inspirations de cœur.


Après avoir salué ses compagnons du lac, le vase prit la route pour de nouveaux horizons. Il était dans une forme olympique. Sur son chemin, il rencontra à nouveau, comme par « hasard », l’oiseau la biche et le pot de fleurs.


Il salua l’oiseau perché dans un arbre et lui dit « Tu m’as demandé comment j’avais atterri ici oiseau, voilà ma réponse : j’ai choisi de vivre cette épreuve pour mieux me réveiller. Aujourd’hui je suis reconnaissant pour ce que j’ai appris et affronté, j’ai le cœur léger et une force infinie. Je me sens créateur de ma vie. »


Puis il rencontra la jolie biche un peu plus loin, et la rassura en lui caressant le front « Ne t’inquiète pas jolie biche je ne te veux aucun mal. Il y a quelques temps tu m’as demandé qui j’étais, ce que je faisais là et quelles étaient mes intentions. Voilà ma réponse : je suis un vase qui a expérimenté la vie, et qui l’expérimente encore, avec l’intime conviction que toutes les réponses sont là, en nous : il suffit de prêter attention et de se faire confiance. Ce n’est pas la terre ou la boue qui me retenaient prisonniers, il n’y a donc personne à blâmer pour cela. Aujourd’hui, mes intentions sont de remercier l’univers, car il m’a aidé à me libérer, non pas de la terre et de la boue, mais de mes jugements, de mes pensées, et de mes sentiments qui m’emprisonnaient. »


Enfin, il croisa le pot de fleurs, qui, en un an, donnait l’impression d’avoir perdu sa joie de vivre et sa pêche. Ses pensées n’étaient plus aussi resplendissantes, et lui-même se déplaçait avec beaucoup plus de difficulté : il ne gambadait plus, il se trainait… et il était couvert de boue. Alors le vase l’interpella et lui dit « Hey pot de fleurs ! Je tiens à m’excuser pour mon attitude de la dernière fois, j’ai été agressif avec toi sans raison. » « Pas grave… » répondit mollement le pot de fleurs. « Tu sembles en mauvaise posture » remarqua le vase. « Je suis perdu et le moral n’est pas vraiment au beau fixe » lui répondit le pot de fleurs entre deux reniflements. Alors le vase s’approcha et lui dit : « Tu sais, se retrouver dans la boue n’est pas quelque chose de grave pot de fleurs. Cela arrive, et il n’y a ni coupable à trouver ni victime à plaindre. La vie est ainsi faite qu’elle fonctionne par cycles, comme les saisons de la nature par exemple. Si tu es perdu, écoute la petite voix en toi qui te dit où aller, et surtout n’aie pas peur. Qu’importe les raisons que tu t’objectes, les torts ou les excuses que tu invoques, si ton impression est que tu n’es pas à ta place, change, bouge, fais toi confiance ! Tu n’es prisonnier que de ce dont tu acceptes de l’être. Alors bouscule les lignes, et écoute ta boussole intérieure ! Elle t’indiquera où aller et vers qui te diriger. »


Revigoré, le pot de fleurs demanda au vase « Alors… est-ce que cette fois-ci, ça te dirait d’aller te balader avec moi ? » Le vase sourit, pensant qu’il avait déjà répondu aux questions de l’oiseau et de la biche, et que, la vie étant bien faite, il s’apprêtait maintenant à répondre à celle du pot de fleurs. « Avec joie » s’exclama-t-il, et tous deux partirent, bras dessus bras dessous, pour une jolie balade… celle de la vie en joie et en conscience.


© Carole Richter



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