La Main et le Feu

Mis à jour : janv. 18



Prolongeant le poignet d’un grand corps animé,

A l'allure grâcieuse, libre et enlevée,

Cette main chanceuse ne cessait d’explorer,

De tâter tout ce qui lui tombait sous le nez

La terre l’eau les fruits les fleurs, en vérité,

Elle avait soif d’aventure et de liberté,

Ses sens alertes prête pour la découverte

De cette vie folle aux mille portes ouvertes

Elle broyait du noir enfermée dans sa poche

Si étriquée qui lui faisait louper le coche,

Des nouvelles textures et rencontres dehors

Qui revêtaient à ses yeux la valeur de l’or

Un jour qu’elle se baladait dans la forêt

Elle aperçut au loin quelque chose briller

Toute excitée, elle s’approchait plus encore

De cet endroit pour se retrouver aux abords :

- Bonjour ! Je ne sais pas comment tu t’appelles

Mais tu es d’une beauté qui semble éternelle

- Bonjour main, je suis le feu, celui qui apporte

La chaleur dans les cœurs que je réconforte

- Je suis enchantée de te rencontrer monsieur

Avec enthousiasme la main s’offrit au feu

Et sentit le moment devenir douloureux

- Aïe !!! Mais pourquoi m’as-tu fait mal comme ça ?

Ca brûle, je sens que je suis dans tous mes états

Très étonné, le feu s’empressa de répondre

A la main qui était presque en train de fondre

- Je suis navré, je ne pensais pas te faire souffrir

Autour de moi s’éveillent les chants les rires

C’est bien la première fois que l’on me reproche

Ma bonté la bienveillance de mon approche

La main avait déjà reculé de trois pas

Pour éviter par instinct son sombre trépas

- Ne savais tu donc pas que tu étais nocif

Pour tous ceux comme moi, les candides les naïfs ?

Ces mots firent mal au cœur du feu, il perdit

La chaleur de son essence et s’éteignit

La main demeura interdite, quoi faire ?

Peut-être méritait-il d’aller aux enfers ?

Le lendemain, la main se réveilla endolorie

Les stigmates du feu ne s’étaient pas taris

Elle pensa à leur échange de la veille

Aux crépitements, aux couleurs, à la souffrance

Et conclut que le feu était une merveille

Dont elle devait s’approchait avec prudence

Elle retourna chercher le feu, le prévenir

Qu’elle n’avait nulle raison de le bannir

Tant qu’ils trouvaient ensemble un moyen de se dire

Les choses du cœur qui construiraient leur avenir

L’horizon indiqua où le feu se trouvait

Luisant d’une lumière jaune et orangée

Dont la main devenait si vite hypnotisée

Qu’elle se garderait de lui parler de trop près

- Bonjour feu, je suis heureuse de te retrouver

- Bonjour main, pourquoi ne viens tu pas me saluer ?

- Pardi, j’ai bien appris la leçon enseignée Regarde les cicatrices qu’elle m’a laissées

- Que fais tu preuve d’une pareille rancune En veux tu aussi au soleil, à la lune ?

- A personne crois-moi, je ne t’en veux point.

A ces mots, le feu répondit à brûle pourpoint :


- Tu t’illusionnes, tu prétends ne pas m’en vouloir,

Mais au fond de toi tu gardes tout en mémoire !

Si tu m’aimais vraiment, tu aurais oublié

Tout ce qui s'est passé, et on recommencerait

Pensive, la main se caressa le menton

S’interrogeant sur ses réelles intentions

Son cœur était ouvert au feu, elle l’aimait

Mais son instinct lui soufflait de se protéger

- Je n’ai pas oublié ce qui s’est passé hier,

Et je ne garde contre toi aucune colère

Simplement le sentiment que pour ma sécurité

Je ne dois pas de trop près t’approcher

- Mais pourquoi ?! Je ne te veux vraiment aucun mal

Il n’y a eu, dans nos échanges, rien d’anormal

La main comprit que le feu s’était mis en tête

Qu’elle s'accrochait à une chose obsolète

- Mon bon feu, tu as oublié avec aisance

Ce que tu n’as pas ressenti dans ta transe

La douleur était mienne, il est facile

Pour toi de tirer dessus un trait gracile

- Tu te trompes main, moi aussi j’ai eu ma part

Et pourtant tu vois je ne suis pas au radar Guettant tes moindres mots qui à nouveau pourraient

Eteindre mes belles flammes comme un soufflet

- Je commence à comprendre ta façon de penser

Tu te dis que pardonner, c’est tout oublier

Faire reset comme sur un ordinateur

Qui serait saturé de fichiers et d’erreurs

Mais c’est à mon sens beaucoup trop négliger

La richesse de l’expérience glanée

Qui honore et donne du sens au vécu

Et évite aussi les airs de déjà vu

Le feu soudain se rappela un évènement

Qui lui fit changer ses perspectives brusquement

- Main, je suis de ton avis, car j’ai à mon tour

Expérimenté tous les affres de l’amour

Je me rappelle être tombé amoureux un jour

D’une cascade non loin dans les alentours

Le jour où je lui ai déclaré ma flamme

Elle m’a inondé de son eau corps et âme

Mes flammes ont laissé place à une simple fumée

Et je me suis juré de me tenir éloigné

Pourtant ça ne m’a pas empêché de l’aimer

Simplement, j’ai manifesté pour moi le respect

De trouver la juste distance pour communiquer

Sans qu’elle ne menace ma vivacité

Enfin, la main et le feu purent savourer

D’être maintenant sur la même longueur d’onde

Et ensemble se mirent à chanter et danser

Pour célébrer leur nouvelle naissance au monde



Gardons nous de confondre rancune et mémoire

Là où le bât blesse il n’y a jamais de hasard

Notre expérience est riche d’apprentissages

Soyons à l’écoute de tous ses messages


Sachons aussi le moment venu faire peau neuve

Cesser de demander à l’autre des preuves

L’amour se vit au présent à cœur ouvert

Sans anticiper chaque fois le moindre revers



© Carole Richter

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