Etre vrai et oser agir avec ses zones d'inconscience


Aujourd’hui j’ai été spectatrice d’une scène, assez banale en somme, mais qui m’a posé de multiples questions.


J’étais au guichet d’une caisse avec une amie, pour un échange. La vendeuse explique, sur un ton un peu rude, qu’elle ne peut pas échanger l’article car il ne provient pas de son magasin. Mon amie réplique, sur le même ton, que si, c’est bien ici qu’elle l’a acheté. De là arrive l’escalade : chacune campe sur ses positions, et redit la même chose d’une façon de plus en plus agressive, jusqu’à finalement se fâcher. En colère, mon amie finit par sortir du magasin, lâchant un dernier mot bien cinglant. Je la suis, quelque peu incrédule, offrant un timide « au revoir » à la vendeuse en partant.


Etonnée de voir mon amie réagir ainsi, je lui demande ce qui est à l’origine de son énervement, soulignant que ce n’est pas une broutille avec une vendeuse qui pouvait véritablement la mettre hors d’elle. Prenant en compte ma remarque, elle me dit qu’elle est stressée et fatiguée en ce moment.


Plus tard, une fois la colère et l’indignation descendues, et la culpabilité de s’être mal conduite arrivant, elle me demande si vraiment, elle a été méchante avec cette vendeuse. Je lui réponds simplement qu’elle a trouvé le comportement de la vendeuse insupportable, et qu’elle a pourtant adopté exactement le même. Si on désire communiquer différemment avec une personne, il est nécessaire d’envoyer une autre énergie que celle reçue. Sinon, on rentre dans le jeu de l’ego qui cherche à prendre le pouvoir, et à avoir raison. Avec le recul, elle réussit à s’observer et s’apaise. Après ces réflexions, je me suis demandée tout de même : et si mon amie avait « bien » réagi ? Si dans le moment, sa plus juste réaction était de laisser son ego et sa colère s’exprimer ? Et si son inconscience était sa plus belle façon d’être vraie ?


Etre conscient, ce n’est pas forcément être gentil. Ni exemplaire. Je me rends compte que j’associe trop souvent le fait d’être conscient à être un saint, un vertueux. Ou au moins quelqu’un pose des actes et des paroles qui ne blessent pas l’autre. Jolie croyance que je débusque ici. Etre conscient c’est simplement être relié à son intérieur, savoir s’observer et observer l’autre, et choisir le comportement dont on a envie en connaissance de cause, et pas toujours celui qu’on trouve juste au regard de l’autre. Et être vrai, ce n’est pas forcément être conscient. Etre vrai, c’est oser agir avec ses zones d’inconscience. Sans s’enterrer dedans, juste accueillir notre incapacité parfois à nous voir.

La conscience offre le choix. L’inconscience nous dirige. Mais elle ne ment pas sur les émotions. Il y a de la vérité dans l’inconscience. Je ne dis pas que si vous êtes en colère, il faut en profiter pour casser la gueule du voisin qui fait du bruit. Je ne fais pas l’éloge de l’inconscience. Elle engendre les drames, la souffrance, et les conflits. Mais elle fait partie de la vie, de l’humain.


Cultiver sa conscience pour apprendre à se connaître et choisir, n’est pas pareil que cultiver sa conscience pour éradiquer son inconscience. L’inconscience ne disparaîtra pas, elle se déplacera simplement.

Etre vrai, c’est accepter sa part d’inconscience, sans en faire une ennemie, mais plutôt un morceau de son humanité. Après tout, l’inconscience est humaine.


© Carole Richter




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